Jeudi 7 septembre 2006

D’après moi, une des conséquences majeures d’une décentralisation serait la régionalisation des prélèvements obligatoires.

Si on venait à donner plus d’indépendance aux régions, voire aux départements, dans leur politique fiscale, et si tout ne passait plus par un Etat à la sauce napoléonienne, certains mécanismes de marché referaient leur apparition.

Le premier d’entre eux serait d’instaurer une concurrence fiscale entre les différentes régions. Aujourd’hui, aucun processus n’est possible car les impôts locaux ne sont rien en comparaison avec les impôts nationaux (TVA, CSG, Impôt sur le revenu…), et donc l’influence des différentes politiques régionales est marginale voire inexistante.

Mais si on en venait, comme aux Etats-Unis, à ne garder qu’un impôt très minimal pour l’Etat, pour faire fonctionner l’administration, la diplomatie, l’armée, ou que sais-je, et qu’on laissait à la région les rennes de la police, des écoles, de la sécurité sociale, etc., on aurait alors une décentralisation parfaitement appliquée. Parce que quitte à payer des impôts, autant que ceux-ci servent pour notre région ! Je ne vois pas l’intérêt personnellement de payer des impôts en Corse pour que des enfants aillent à l’école en Alsace !

Bien sûr, premier argument des anti-décentralisation, cela va créer des inégalités entre les régions. Et alors ? N’est-ce pas ce qui se passe actuellement ? Certaines de nos régions sont des tax-consumers et d’autres des tax-payers, et apparemment cela ne choque personne ! Sous prétexte de quoi ? L’égalitarisme ? Je veux bien comprendre que l’on veuille se targuer d’avoir des bons sentiments, mais bon, la France n’a pas vocation à devenir un pays communiste, alors cessons de brandir l’objectif de l’égalité de résultats pour tout justifier, même les politiques les plus absurdes.

On pourrait me demander : mais quel est l’intérêt de décentraliser la fiscalité ? Justement pour créer cette concurrence, cette émulation à la baisse de la fiscalité et donc des prélèvements obligatoires. Si chaque région propose clairement tel ou tel programme de taxation, et tel ou tel offre de service public, alors chacun pourra, à son gré, choisir la région dans laquelle il voudra vivre.

Si un président de région veut dynamiser l’implantation d’entreprises et attirer les travailleurs et entrepreneurs, alors il pourra réduire considérablement les taxes sur les entreprises sans pour autant avoir à en référer à l’Etat. Inversement, s’il veut lancer un grand programme public pour, par exemple, restaurer les monuments de sa région, alors il sera normal de faire payer les habitants de sa région pour ce programme plutôt que ceux des régions qui se trouvent à plus de 500 km.

Que l’on s’entende bien : je ne suis pas favorable, sauf pour les services régaliens qui ne sont pas des services marchands (justice, diplomatie…), à l’intervention de l’Etat ni à la taxation. Mais à choisir entre une taxation centralisée et une taxation décentralisée, j’opte sans hésiter pour la seconde. Au moins elle permettra, si elle est correctement appliquée, de faire émerger le processus de concurrence fiscale et ainsi d’annihiler toutes les grandes et absurdes politiques étatiques de répartition des richesses.

Par Bonni - Publié dans : Commentaires
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Jeudi 27 juillet 2006

Voici une réponse de David Dollar, président de la Banque Mondiale, à un internaute scéptique à propos du rôle positif de la mondialisation sur les pays en développement. Sa réponse est édifiante :

Erkan BAYIR : Reconnaissez-vous que la mondialisation a tendance à creuser l’écart entre les riches et les pauvres ? Je pense que les multinationales se préoccupent uniquement de maximiser leurs bénéfices. La pauvreté dans le monde ou le fait notamment que des personnes touchent moins d’un dollar par jour ne les intéressent pas. La mondialisation est une occidentalisation des systèmes économiques ainsi que des cultures, des valeurs et des styles de vie autochtones.

David Dollar: Il est exact que les entreprises du monde entier cherchent avant tout à maximiser leurs bénéfices. Il est important de disposer de cadres législatifs et réglementaires solides si l’on veut que la recherche du profit ait des retombées sociales positives. Je ne pense pas que la mondialisation ait tendance à creuser l’écart entre les riches et les pauvres. Les plus fortes croissances sont enregistrées dans les économies de pays en développement, ce qui indique que l’intégration peut être un véritable catalyseur pour le développement qui permet de réduire les inégalités dans le monde. À l’heure actuelle, la tendance à l’inégalité dans le monde provient du fait que près de la moitié de la population des pays en développement vit dans des pays qui parviennent à s’intégrer et à combler leur retard sur les pays riches, alors que l’autre moitié vit dans des pays qui ne sont, pratiquement, pas touchés par la mondialisation. Les piètres performances enregistrées par l’Argentine, la majeure partie de l’Afrique subsaharienne, le Pakistan, le Myanmar et d’autres pays sont-elles imputables à leur intégration à l’économie mondiale ou à leur mauvaise gouvernance ? Selon moi, tout indique qu’elles sont liées à ce dernier facteur.

Par Bonni - Publié dans : Commentaires
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Lundi 19 juin 2006


En réponse à un autre commentaire de PLD, qui me paraît intéressant :

"Comme Mises, je pense profondément que le premier moyen ou s'exprime la démocratie c'est l'acte de consommation. On possède en chaque billet, en chaque pièce de monnaie, comme un mini bulletin de vote, qui décide quel producteur fait bien son boulot et lequel se moque du monde, lequel doit être récompensé et le quel doit être remis en question.
Vouloir retirer ce pouvoir au peuple c'est tuer la démocratie."

Donc, si je me base sur cette théorie, vous êtes en train de me dire que la Chine est 1 pays démocratique, puisque c'est devenu 1 société de consommation?

En fait, Von Mises veut dire + clairement, "L'économie de marché promeut la démocratie". C'est entièrement faux! Si c'était le cas, la Chine serait devenue depuis lontemps 1 régime démocratique! Ce régime est peut- être évolué, mais il est encore très loin d'être démocratique!

Je vais vous dire 1 citation de Milton Friedman: "Je ne pense pas que la démocratie mène nécessairement le pays au développement. Pour moi, pays qui veut se développer a beaucoup + besoin de discipline que de démocratie"

Je peux vous dire qu'à entendre ça, ça fait froid dans le dos. Donc, l'économie de marché n'a pas comme mission de promouvoir la démocratie (Avec l'exemple de la Chine), ce n'est pas d'ailleurs son rôle!

Quand on sait aussi que Milton Friedman a soutenu le régime dictatorial de Pinochet au Chili, là, ça glace sérieusement les veines! En effet, l'économie monétariste peut très bien fonctionner dans 1 pays qui n'a pas adopté de régime démocratique.

Je pense que notre cher Milton Friedman devrait se passer de ces commentaires stériles qui n'est pas le coeur du débat sur l'économie aujourd'hui!


Attendez, vous me parlez de M. Friedman, alors que je vous parle de L. Mises, ne confondez pas les deux personnages ! Bien qu'ils soient tous deux considérés comme libéraux par la plupart des profanes, leur pensée n'a en réalité que très peu de points communs.

Lorsque je dis, en reprenant Mises, que la consommation libre de marché est la base de la démocratie, je veux déjà dire par là que sans cela aucune démocratie n'est possible.
Nous allons nous référer aux trois questions de Samuelson à propos des systèmes économiques :
Quoi produire ? Comment produire ? Pour qui produire ?

Si l'Etat maîtrise ou gère l'un, les deux ou les trois domaines, alors nous ne sommes plus dans une économie de marché, et nous ne sommes plus par là même dans une démocratie directe.

C'est à l'individu, et donc au marché, de décider de ce qu'il veut produire. Si l'Etat s'accorde ce pouvoir, comment pourra-t-il connaître les besoins de tous les citoyens individuellement ? A moins qu'il ne les présume, ne les force, ou ne les encourage, c'est impossible de répondre correctement aux besoins de chacun.
L'individu doit aussi être libre de travailler où il veut, où il peut, de créer son entreprise... Si ce n'est pas le cas, imaginez la structure qui serait nécessaire pour gérer les savoir-faires de chaque travailleur et l'allouer là où il sera le plus efficace ! Ne serait-ce qu'au niveau d'une entreprise assez grande, par le knowledge management, c'est un travail laborieux, alors...
Enfin, l'individu doit retirer de son oeuvre productrice (travail, capital ou entreprise) le revenu qu'elle justifie pleinement (respectivement salaire, intérêt ou rente). Si ce n'est pas le cas, alors rien n'empêchera le travailleur, le capitaliste ou l'entrepreneur d'offrir ses services à l'étranger (à part peut-être la Gestapo...). Ce revenu doit pouvoir enfin être librement alloué par son possesseur légitime.

Vous comprenez sûrement où je veux en venir : la liberté individuelle étant la base de la démocratie, il est impossible de prétendre défendre un système démocratique lorsqu'on défend un système qui laisse à l'Etat la gestion d'un ou plusieurs de ces trois domaines économiques.

La libre consommation, soit "pour qui produire ?", est donc une affaire de marché, et une forme de démocratie en même temps. Car le lien consommation-démocratie est double.
Comme je l'explique dans mon article, le moindre euro dépensé librement récompense le bon produit (et donc le bon producteur) et ne récompense pas le mauvais produit. Tout comme un vote lors d'une élection récompense le candidat convaincant et ne récompense pas celui qui ne l'est pas.

J'espère que ces quelques précisions vous permettront mieux de comprendre le sens de mon propos, et tout cas, n'hésitez surtout pas à commenter mes articles, cela permet toujours d'ouvrir le débat.
Par Bonni - Publié dans : Commentaires
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