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Coups de gueule

Vendredi 3 juin 2005
La déferlante du NON. Oui c'est le moins que l'on puisse dire. Avec un peu de recul, j'essaye de déchiffrer les raisons de ce non massif en raison de la forte mobilisation. Pourquoi les français ont rejeté le traité constitutionnel ? Ca n'est pas très original de dire cela mais plusieurs raisons bien distinctes expliquent ce rejet.
Premièrement, celles qui se fondent sur le traité lui-même (et à mon goût sûrement les plus cohérentes...).

Pas mal de personnes ont étudié le traité, celui ci ayant été envoyé a tous les votants potentiels. Un texte ma foi plutôt compliqué pour une personne éduquée, complètement illisible pour un français "d'en bas" (n'y voyez aucune forme de mépris).
En étudiant ce traité, pour ceux qui ont eu le courage de le faire, ils ont été déçus par quelque article ou par l'absence d'une "avancée" qu'ils auraient voulu voir apparaître. Mais il faut, en lisant ce texte, avoir à l'esprit qu'il s'agit de compromis entre 25 (puis 27) pays totalement différents !!
On taxe la Turquie de ne pas avoir la même culture que nous, mais qu'en est il des anglais ou des grecs ? Sommes-nous tous si semblables que l'on voudrait rejeter un pays qui est différent ?
La parenthèse fermée, il faut donc se dire aussi que la France n'est pas un modèle pour les autres pays européens, et que ce que nous considérons comme normal en France ne l'est peut être pas en Irlande ou sur l'île de Malte. Une militante disait à la tv qu'elle rejetterait le traité car il n'affirmait pas la légalité de l'IVG et que ce serait une avancée pour les femmes polonaises ou irlandaises... Avec de tels arguments ethnocentriques, pas étonnant que le non soit si élevé.
Et puis le traité ne pouvait pas non plus parler de tout et de rien. Un grand nombre de questions reste de compétence nationale ou personelle. Il n'allait quand même pas expliquer comment beurrer une tartine !!
Soit. On a taxé ce traité de trop libéral ou de trop social. Laissez moi vous dire ce sue j'en pense : c'est un fait, l'europe s'est plûtot construite sur des bases libérales. La régionalisation ne pouvant être optimale que si la mobilité à l'intérieur de la zone est parfaite, il serait inutile de remettre en question ces fondements, à moins d'être contre la régionalisation (Le Pen, De Villiers...). La partie 3 reprenant les bases de l'Europe telle qu'elle était (la commission n'avait pas l'autorisation de modifier les traités antérieurs), on part de la régionalisation qu'on connaissait (marché commun, monnaie commune...). Le traité ajoutait à cela une charte des droits fondamentaux, un principe de fonctionnement à 25 et quelques articles de modernisation. Rien de bien excitant...
Pourtant le débat a plus porté sur la partie 3, alors qu'elle n'était pas en question dans le référendum, car oui ou non on conservait les traités antérieurs.
Pour ce qui est du traité lui même encore, certains se sont plaint par exemple des modalités de révision. Mais à ces quelques uns, je dirais que l'unanimité est la plus grande sécurité que l'on peut avoir, un vrai droit de veto contre les autres pays. Je pense que l'Europe ne peut et ne doit agir QUE sur les questions pour les quelles les pays sont unanimes, les autres restant de compétence nationale ou autre. Imaginez que la ratification du traité se soit faite à la majorité ? On aurait forcé les francais et hollandais à l'accepter ?
Deuxièmement, il faut aussi remarquer que les raisons du non sont surtout de l'ordre de la politique intérieure. préoccupation première des français : l'emploi. La chômago-phobie est un mal français très profond, et je n'aurai pas la place de le développer ici. Mais les français, en votant non à cause du chômage qui atteint les 10% de la population active en France, attribuent sûrement celui ci à l'Europe.
Laissez moi vous dire que c'est une bévue monumentale. L'Europe, comme la mondialisation, déplace des emplois à faible valeur ajoutée des pays "développés" aux pays "moins développés", c'est un fait. C'est ce qu'on appelle les délocalisations (encore un mot qui fait peur !), et elles existent et sont inévitables dans la plupart des cas.
Mais l'élargissement des marchés a créé considérablement plus d'emplois qu'il n'en a déplacé. Et ça aussi c'est un fait, qu'omettent bien souvent de préciser les opposants à la mondialisation.
Alors c'est un petit mal pour un grand bien, d'autant que l'importation de produits étrangers moins chers permet d'élargir le pouvoir d'achat des français du même coup ! A moins que la différence ne file dans les poches des commerçants, ce qui est là un manque de concurrence. Mais bon qui encore peut nier les bénéfices de la concurrence pour les consommateurs ? Ah mais il en existe... je vous assure...
Je ne développerai pas sur le vote contre le gouvernement qui n'a pas de sens, mais qui pourtant est une partie importante du non.
Pourquoi développer à propos de la peur de l'étranger ? Je ne voudrais pas vous effrayer avec la horde de polonais et de turques qui attendent aux frontières de la France d'envahir notre pays pour y travailler a 10centimes de l'heure... le pire c'est que certains le pensent ! Voter non arrêterait-il la mobilité du travail à l'intérieur des frontières de l'Europe ? Sûrement pas, c'est un principe de base de l'union, et a mon avis un de ses plus grands succès "palpables". Je me réjouis de me dire sue si je ne trouve pas de travail en France je pourrais aller dans n'importe quel autre pays le l'UE en chercher un sans problème.
Le plus grave c'est que la peur de l'étranger a tendance à se banaliser, il faut faire attention, rappelons nous avril 2002... Ne rentrons pas dans ce genre de propagande : "Tu t'es fait voler ton portable ? C'est à cause des etrangers. Tu es au chômage ? C'est encore la faute des étrangers." etc...
Et puis il y a tous ceux qui veulent que la France s'isole (le village gaulois !), qui n'aiment pas le "libéralisme" (entre "" car à mon avis quasi personne ne sait ce que libéralisme signifie), qui n'aiment pas Bush, ou Chirac, qui s'ennuyaient dimanche dernier, qui rejettent la "société de consommation" (j'en connais un je vous assure !!), qui votent comme leurs parents, qui n'aiment pas les polonais ou les turcs, ou qui n'ont pas vraiment compris ce qu'on leur demandait. Avec tout ça je pense qu'on arrive bien à 55%. C'est pas cher payé pour tant d'arguments si convaincants....... :s
Je regrette le débat puéril qui s'est instauré en France durant toute cette campagne abracadabrantesque... Mais il m'a permis d'élargir mon intérêt pour la construction européenne, ce qui n'est pas un moindre mal.
Si vous en doutez encore, j'ai voté oui.
Par Bonni
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Vendredi 3 juin 2005
Ici vous trouverez un exemple de notre beau modèle à la française. On remarque qu'on ne touche réellement que 39% de ce que nous donne une entreprise pour laquelle on travaille. C'est à dire qu'approximativement, on travaille deux jours sur trois pour l'Etat ou les caisses de sécurité sociale (ce qui revient quasi au même).
C'est une preuve (comme s'il en fallait) que la fiscalité francaise est lourde, pesante, un boulet pour la croissance. surtout lorsqu'on voit à quoi sont employés ces fonds. Et quand je pense qu'avec tant de recettes on trouve le moyen de réaliser des déficits budgétaires ! C'est se foutre de la gueule des français.
En 25ans, la dette de l'Etat est passée de 9 Milliards d'euros a 1000 Milliards d'euros. Un véritable gouffre. Cela correspond à 16400 euros par francais à peu près (je compte aussi les enfants...). Les politiques "sociales" sont passées par la. C'est facile de réaliser des dépenses mirobolantes en s'endettant sur le dos des générations futures pour faire plaisir aux francais d'aujourd'hui... Remarquez, les socialistes et autres sont toujours aussi populaires malgré ce constat d'échec frappant.
Et après ça j'entends qu'on veut remettre en question les restrictions budgétaires du pacte de stabilité et monétaires de la banque centrale. C'est à dire que n'importe quel pays, s'il veut financer n'importe quel extravagant projet, pourra faire tourner la planche à billets ou enfler sa dette publique. Autant dire une opportunité incroyable pour un gouvernant sortant de préparer le terrain pour la prochaine élection avec des "jolis cadeaux" pour les electeurs à convaincre.
Une nouvelle école ? Un impôt en moins ? De nouveaux postes de fonctionnaires ? Peu importe tout est possible.
Non, je ne peux m'y résoudre, et cette méthode doit être rendue impossible par une restriction budgétaire et monétaire très sévère. Et que celui qui pense le contraire vienne au journal de 20h expliquer aux français que la France a besoin de tel ou tel projet, et que 1000 Milliards ou 1001 Miliards... pfff... on n'est pas à 1 Milliard près ! Allez expliquer ça à un ouvrier qui aurait besoin de 164 années de labeur pour pouvoir obtenir effectivement ce modique supplément.
Par Bonni
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Samedi 4 juin 2005


Encore une contradiction bien française... Une grande partie des votants (selon les sondages) a voté non au referendum sur le traité constitutionnel sous pretexte que le chômage est trop élevé en France. Ok je suis tout a fait d'avis aussi qu'un pays ne peut pas se développer convenablement avec autant de chômeurs (environ 2,5 Millions si je ne m'abuse). Soit. Mais la responsabilité du traité européen n'est en rien engagée étant doné qu'il n'était et ne sera pas en application, donc cette sanction ne tient pas la route. Dire que l'Europe est responsable de la faible croissance en France avec des politiques trop restrictives, ça tient déja plus la route. Mais les résultats calamiteux des politiques de relance internes que sont la dette de 1000 Milliards d'euros (voir l'article de vendredi) et le chômage à plus de 10% nous fait relativiser notre enthousiasme pour les politiques de relance monétaire ou budgétaire de type keynésiennes. Donc monter cela au niveau européen relève du suicide politique et financier.
Personnellement, je ne pense pas que l'Europe soit responsable des 2,5M de chômeurs français, et à vouloir rejeter la faute sur d'autres on en oublie de balayer devant sa porte.
Car notre si beau modèle social à la française dont tout le monde vante les mérites n'est qu'une énorme machine à fabriquer les chômeurs.
En France, il faut appuyer sur ce point, les chômeurs ne sont vraiment pas mal lotis. Ce qui est choquant, c'est qu'ils "gagnent" mieux leur vie que certains travailleurs européens qui ne se plaignent pas de faire les 50heures par semaines, ou même plus que certains travailleurs anglais qui ne gagnent par leur travail qu'à peine de quoi vivre (phénomène des working poors).
Laisser des personnes dans une situation de chômage est donc une triple perte :
_ perte pour les chômeurs en question qui pourraient avoir un meilleur pouvoir d'achat en travaillant (et encore...) ;
_ perte pour la société car moins de travailleurs = moins de demande donc moins de croissance ;
_ perte pour les travailleurs car plus de chômeurs = plus de cotisations à la charge de ceux qui travaillent ;
Il faut donc agir pour réduire le chômage en France, et plusieurs méthodes sont possibles. Le problème c'est qu'on demande encore plus de "social", ce qui me choque véritablement vu le contexte dans lequel nous sommes. On voudrait quoi ? Encore augmenter le RMI et les allocations de chômage ? Au détriment des travailleurs qui sont de moins en moins et qui gagnent de moins en moins ? Quelle absurdité !! Voudrait-on que l'Etat crée encore des emplois ? Mais avec quels moyens ? La France ne vit-elle pas déjà et depuis longtemps au dessus de ses moyens ?
Alors je veux bien : "oui on dépasse le budget pour relancer, et on remboursera quand ça sera la croissance" ah ah ah !! Quel argument niais, comme si la croissance extraordinaire propulsée par la relance allait nous recréer une sorte de nouvelle 30 glorieuses !! Ca n'a pas marché depuis 50 ans, pourquoi est-ce que ça marcherait maintenant ? Quelle naïveté...
Mais il faut souligner un point essentiel : l'Etat, au moins dans la conception que j'en ai, n'est pas là pour créer des emplois !! Il est d'abord là pour nous protéger et organiser la société. Même Lionel Jospin dans une de ses allocutions a affirmé ce point essentiel (non sans vague...).
Les créations d'emplois proviennent d'une dynamique privée, d'une conjoncture économique liée aux débouchés. Si le climat économique est morose, les investisseurs pessimistes, les perspectives de production limitées, il est clair que la production (et donc l'emploi) ne s'en tirera pas à bon compte. Alors cessons d'être pessimistes et plaintifs, ça ne joue en la faveur de personne.
C'est l'Etat qui par contre fixe les règles du travail. En France, c'est fait commun d'accepter que nos règles sont très protectrices, peut être trop, à tel point qu'elles découragent certaines embauches et astreignent le dynamisme économique à une forte rigidité. Il est nécessaire de dépoussiérer le droit du travail français, sinon de l'alléger.
En quoi l'Europe peut intervenir pour les créations d"emplois ? Eh bien elle peut par des programmes de recherche coordonnés par exemple pousser encore plus loin la compétitivité des produits, des capitaux et des travailleurs des pays européens. Et la compétitivité, quoi que peuvent en dire certains, est notre seul salut face à la mondialisation et des producteurs qui jouent sur leurs coûts de productions bien plus faibles. Il ne vaut mieux pas parler de protectionnisme européen, car cette solution de repli n'est que reculer pour mieux sauter.
Nous avons un autre problème en France, celui de l'éducation. Les formations sont parfois trop éloignées de ce qu'attend le marché du travail, peut être à cause du détachement de plus en plus flagrant de la réalité des élitistes étatiques qui confectionnent les programmes scolaires. Il faut donner une plus grande part au privé dans la formation universitaire notamment. On pourra ainsi peut être résorber une partie du chômage structurel français.
Alors après avoir mis sur la table quelques-uns des problèmes qui touchent de près ou de loin le chômage français ou européen, on peut se dire qu'une politique volontaire sera de rigueur dans les prochaines années. Il ne faudra pas fanfaronner avec des emplois jeunes précaires ou autres histoire de repousser le problème de quelques années. Il faudra s'armer de courage et d'optimisme.
Mais le soit disant modèle social à la française, qui crée autant de pauvreté et d'injustices sociales, JE N'EN VEUX PLUS.
Par Bonni
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